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Qu’est-ce qu’être libre quand on est chrétien ?
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Phil 3, 17 ff par JJ Dijoux mars 2025
LECTURE : Philippiens 3,17-4,1
Frères et sœurs, imitez-moi tous et regardez les personnes qui prennent modèle sur nous. Je vous l’ai déjà dit souvent et je vous le répète maintenant en pleurant : il y en a beaucoup qui se conduisent en ennemis de la croix du Christ. Ils courent à leur perte, car leur dieu c’est leur ventre ; ils tirent gloire de ce qui devrait leur faire honte et ils n’ont en tête que les choses de ce monde. Mais nous, nous sommes citoyens des cieux, d’où nous attendons que vienne notre sauveur, le Seigneur Jésus Christ. Il transformera notre misérable corps mortel pour le rendre semblable à son corps glorieux, grâce à la puissance qui lui permet de soumettre toutes choses à son autorité. Mes chers frères et sœurs, je désire tellement vous revoir ! Vous êtes ma joie et ma couronne ! Eh bien, très chers amis, tenez bons, restez unis avec le Seigneur.
PRÉDICATION :
Mes amies, mes amis, qu’est-ce qu’être libre quand on est chrétien ? Mes amies, mes amis, comment exercer notre liberté de citoyen en nous revendiquant de notre foi ?
Dans l’extrait de la lettre aux philippiens que nous venons d’écouter, cela me paraît être la question de fond évoquée par Paul.
Cette lettre aux philippiens est particulière dans les épîtres de Paul. Il l’écrit depuis sa prison de Rome, il y partage des nouvelles entre amis plutôt que d’apporter des réponses à des sollicitations comme dans la plupart des textes de Paul qui nous sont parvenus.
Paul ne serait pas Paul s’il n’envisageait pas les questions que les destinataires de sa lettre pourraient se poser. Il entretient une relation particulière, amicale nous dirions aujourd’hui, avec les membres de la communauté de Philippe, quelque part en Grèce du Nord. Les Philippiens avaient envoyé Epaphrodite auprès de lui pendant sa captivité à Rome. La lecture de tout l’épître montre un Paul familier, ainsi il donne des nouvelles personnelles. Il écrit qu’il chérit les Philippiens « avec la tendresse du Christ ». Paul est très reconnaissant aux Philippiens de leur aide matérielle alors qu’il est emprisonné à Rome.
Avant le passage qui nous intéresse, il avait exhorté les Philippiens à « adopter la bonne perspective », celle de l’union autour du Christ, union spirituelle bien évidemment. Il s’agit du discernement à remettre à sa juste mesure l’ignorance des messages du Christ.
Dans les versets que nous venons d’entendre, Paul fait rebondir son exhortation au discernement, et à l’imitation du Christ, de manière concrète. Cette invitation concerne tous les citoyens, quelles que soit les origines. Tous ou seulement les chrétiens, nous y reviendrons. Paul appelle dans son discours à la nécessaire, l’essentielle, l’existentielle, unité des Chrétiens face aux imposteurs, « aux ennemis de la Croix ».
Ces ennemis de la Croix, ce sont tous ceux qui s’opposent aux messages christiques par leur comportement, tous ceux qui ne veulent pas entrer dans le chemin du pardon universel et dans la proposition de l’amour universel. Tous ceux qui ont besoin de choisir entre les hommes, y compris en se réfugiant derrière les textes bibliques pour se justifier. Des exemples : Cham, le mauvais fils de Noé, celui qui est banni, père des populations noires pour justifier l’esclavage ; ou encore le livre de Josué au moment de l’apartheid en Afrique du Sud, ou encore le même livre de Josué pour justifier les massacres des amérindiens par les colons européens en Amérique du Nord qui y voyaient la nouvelle Israël. Et plus près de nous, en Israël, celui du bord de la Méditerranée, des rabbins qui fondent la colonisation et le « Grand Israël » sur le même livre de Josué… Livre de Josué dont nous savons que la conquête qui y est décrite n’a jamais eu lieu.
Et là la question devient, pour aujourd’hui, qu’est-ce que notre liberté de Chrétien ?
Notre première liberté, ici en Europe, c’est de croire ou de ne pas croire. C’est d’accepter de vivre ou non selon les messages du Christ. Les vrais, ceux qui nous sont offerts dans Mathieu notamment : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit. C’est le premier et le plus grand des commandements. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». (Mt 22, 37-39). Paul nous rappelle que ces quelques mots : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » sont la substance, la force, l’espérance de notre foi. Notre liberté est d’assumer cette substance et de lui donner corps. Pour Paul, bien évidemment le Royaume est aux cieux, comme tous ceux de son époque, il l’espérait pour demain. Mais ici, aujourd’hui, il nous dit aussi que le Royaume, est là, ici et maintenant, « comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ, qui transformera notre corps humilié, en le configurant à son corps glorieux par l’opération qui le rend capable de tout s’assujettir. ». De tout s’assujettir est la traduction « officielle », en grec le mot utilisé par Paul signifie aussi « réunir ». Le Royaume, il est là où nous sommes plusieurs en son nom, réunis ou non, et que nous essayons de vivre selon son commandement. C’est cette liberté d’aimer l’autre comme soi-même et de faire rayonner ces mots autour de nous que nous portons, que nous vivons. C’est cette liberté de porter l’espoir et l’espérance qui est la nôtre, c’est notre liberté de Chrétien.
Alors qui sont ces « ennemis de la Croix » que nous désigne Paul ? Faisons un peu d’histoire pour mieux comprendre, Philippes est une ville romaine, intégrée à l’Empire, ce qui veut dire que les modes de vie et les modes de gouvernements sont proches de ceux de Rome : « ils ont pour dieu leur ventre, ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte, ils ne pensent qu’aux réalités de ce monde. » Autrement dit, ceux qui vivent comme à Rome, dans les seules préoccupations matérielles, excluant le message de Jésus, sont « les ennemis de la Croix ». Pour les chrétiens, la question est celle de l’intégration ou de la démarcation dans la société. À quel type de vie communautaire les chrétiens sont-ils invités ? Comment doivent-ils se comporter comme citoyens de la colonie ? « Quant à nous, notre droit de cité est dans le ciel, d’où nous attendons aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ. »
Paul dit aux Philippiens qu’il faut être citoyen de la cité, mais, à l’époque et pour certains d’entre nous aujourd’hui, l’essentiel est ailleurs, dans le ciel. Paul nous invite à ne pas nous exclure de ce monde, il nous dit qu’il nous faut être citoyen et chrétien : « Soyez tous mes imitateurs, frères et sœurs, et portez les regards sur ceux qui se conduisent suivant le modèle que vous avez en nous. » Autrement dit, ceux qui vivent comme nous, en chrétiens.
Soyons libre de construire, soyons humble, de contribuer à construire le Royaume ici et maintenant en étant pleinement citoyens chrétiens. Voilà notre vraie liberté : vivons pleinement en citoyens chrétiens.
Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire aujourd’hui ? Croire, nous réunir, contribuer à la vie de l’église et au diaconat. D’accord, cela c’est quand on choisit d’être des consommateurs de liturgie, d’accord on ne peut pas faire autrement souvent, et je vous le promets, j’ai été parmi les consommateurs de liturgie. Mais enfin, dans notre église de Levallois-Clichy, ici, dans ce monde, où les falsificateurs de vérité repoussent en dehors de la cité la réalité, la science, les libertés, la dignité, devons-nous être parmi les « ennemis de la Croix » de Paul ou être des citoyens chrétiens au péril de notre relation au monde ?
Je crois, je vis ma foi, comme un appel à être un citoyen chrétien. Ainsi, ici, ensemble portons notre foi en témoignage d’une force de vie, pour nous et pour tous ceux que l’histoire prive d’espoir, d’espérance et de dignité. Je le pense, je le crois. Même face à ceux qui ne veulent pas écouter notre chance d’être dans la Grâce, portons haut nos couleurs pour que le monde, que le christianisme a aidé à façonner, ne chute pas à nouveau dans les turpitudes de la déshérence. Notre liberté de chrétien, elle n’est plus seulement notre capacité à nous réunir pour prier et louer Dieu et notre Sauveur. Notre liberté elle est dans notre capacité à ouvrir notre universalité à tous, dans la vérité de notre terre, de nos cultures, de nos espoirs et espérances, en notre Royaume chrétien. Royaume où la transfiguration est celle de la peur pour l’espoir, de la réalité alternative pour la réalité des faits, de la fausse connaissance construite par une idéologie pour la connaissance des sciences, celles qui disent que l’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence.
Dans ce schéma de sidération constante à force de perte de mesure, alors qu’ici nous cherchons ce que vivre en paix donne comme sens aux communautés, alors que nous devons être vigilants à accueillir tous ceux qui arrivent, quels que soient les motifs de leurs départs, alors que nous devons dire et redire qu’il n’y a de liberté que celle qui respecte l’autre, qu’il n’y a pas de liberté sans dignité… Chrétiens nous sommes, parce que chrétiens nous pouvons nous dire libres parmi les libres. Jésus nous invite à faire savoir, partout, que notre liberté veut que la dignité tende à l’universel.
Amen.
JJ Dijoux, 16 mars 2025