Comment sortir du désert ?

Mt 4, 1-11 une prédication de Christina Weinhold

prédication sur Mt 4, 1-11 à l'entrée du carême 2026

 

ACCUEIL

Ensuite Jésus fut conduit dans le désert par l’Esprit pour y être mis à l’épreuve …

C’est ainsi que commence le texte d’Évangile proposé pour ce premier dimanche de Carême. Ce temps de Carême nous rappelle notre humanité, une humanité qui rime avec fragilité, vulnérabilité, et parfois avec souffrance.

Mais le Carême nous rappelle aussi que nous ne sommes jamais seuls dans ce qui nous arrive, mais en bonne compagnie : en compagnie de Jésus-Christ, lui-même mis à l’épreuve par la vie, lui-même soutenu et porté par l’aide de Dieu, comme nous pouvons l’être à notre tour.

Qu’il nous vienne de lui
la grâce et la paix,
l’encouragement à faire face aux côtés douloureux de nos vies,
et la force de traverser nos existences ensemble, sous sa bienveillance.

 

 

DEBOUT PRIERE DE LOUANGE

 

Route de carême

Seigneur, mon Dieu,

Depuis toujours,

Tu chemines avec moi.

Tu es l’ami de mes jours de soleil

et de mes nuits de brouillard,

c’est Toi que j’ai choisi,

aide-moi à T’aimer et à te rester fidèle !

 

Toi, jamais Tu ne m’abandonnes,

Tu es la lumière qui m’éclaire,

même au coeur des ténèbres.

Tu es la source qui rafraîchit

qui coule en moi et me redonne vie.

Ton amour pour moi est si grand

que même la mort ne T’arrête pas.

Tu es le chemin, Tu es la vie nouvelle !

 

Donne-moi,Seigneur,

sur ma route de Carême,

d’oser vivre Ta parole,

celle qui donne vie,

celle qui ouvre l’horizon,

celle qui repousse les ténèbres,

celle qui met l’homme debout.

 

Donne-moi, Seigneur,

sur ma route de Carême,

d’oser partager ta parole,

avec humilité et vérité. Amen

 

(…)

 

PRIERE AVANT LES LECTURES

Nous venons à toi parce que nous cherchons un soutien et un sens à notre vie.

Nous venons à toi parce que nous cherchons un message qui nous guide.

Nous ouvrons la Bible et la lisons,

et tant de choses se produisent simultanément :

certaines paroles nous interpellent ou nous repoussent,

nous troublent ou nous édifient.

Tout ne nous semble pas clair au premier abord,

c’est pourquoi nous te prions de nous donner ici et maintenant ton Esprit Saint,

qui nous aide à entendre un message pour nous

et pour toutes nos questions et nos craintes. Amen

 

 

LECTURES BIBLIQUES

Mt 4, 1-11

Ensuite Jésus fut conduit dans le désert par l’Esprit pour y être mis à l’épreuve par le diable. Après avoir passé quarante jours et quarante nuits sans manger, Jésus eut faim. Le diable, le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à ces pierres de se changer en pains. » Mais Jésus répondit : « L’Écriture déclare : “L’être humain ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.” »

Le diable l’emmena jusqu’à Jérusalem, la ville sainte, le plaça au sommet du temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car l’Écriture déclare :

“Dieu donnera pour toi des ordres à ses anges

et ils te porteront sur leurs mains

pour que ton pied ne heurte pas de pierre.” »

Jésus lui dit : « L’Écriture déclare aussi : “Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.” »

Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne, lui montre tous les royaumes du monde et leur splendeur, et lui dit : « Je te donnerai tout cela, si tu te prosternes devant moi pour m’adorer. » Alors Jésus lui dit : « Va-t’en, Satan ! Car l’Écriture déclare : “Adore le Seigneur ton Dieu et ne rends de culte qu’à lui seul.” » À ce moment-là, le diable le laissa. Des anges vinrent auprès de Jésus et ils le servaient.

 

 

 

PREDICATION

Au bout de 40 jours et nuits, sans manger, Jésus eut faim.

Moi, il me suffit de 4 heures.

Mais « 40 » dans le langage biblique signifie un temps accompli, un long temps, ce moment au bout d’un certain temps.
Le prophète Élie passa 40 jours dans le désert en cherchant Dieu.
Le peuple des Hébreux erra 40 ans avant de trouver l’issue et la terre promise.

« 40 », c’est au bout d’un long temps, peu importe si cela se compte en heures, en jours ou en années. C’est un temps ressenti plutôt qu’un temps quantitatif exact.

Durant un temps, nous n’éprouvons pas de manque, mais au bout d’un certain temps, cela commence à peser et à se faire ressentir.

  • Être célibataire un jour, une semaine, un mois, un an… ce n’est pas grave, mais au bout d’un temps, cela peut devenir un manque éprouvant pour certains.
  • Ne pas avoir un enfant tout de suite n’est pas grave au début, mais les couples qui désirent avoir un enfant commencent, au bout d’un certain temps, à en souffrir. Le manque se fait ressentir. L’impatience augmente.
  • Supporter des douleurs, nous le pouvons. Un moment, ou quelques heures, mais au bout d’un temps nous ferions tout pour nous en débarrasser.

Nous connaissons tous ces temps au bout desquels nous éprouvons la faim qu’une situation change et que nous passions à autre chose.

Et nous ne sommes pas pareils : l’un l’éprouve plus tôt, l’autre plus tard. Mais pour chacun d’entre nous, quand le temps est venu, ce sont nos « 40 jours » à nous.
Ce temps plus que plein où nous nous disons : « J’en ai marre. »  « J’en peux plus. » « Je veux sortir de ce désert de ma vie et je veux goûter la vie autrement, pleinement, avec joie. »

 

 

C’est à ce moment-là
que les tentations peuvent frapper à notre porte,
comme c’est le cas aussi pour Jésus.

La tentation est rarement un risque quand tout va bien pour nous, mais quand nous sommes coincés dans un temps d’épreuve et que nous cherchons un raccourci pour nous sortir d’une impasse.

 

 

Voyons les types de tentations dont on nous parle dans l’Évangile selon Matthieu.

  • « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à ces pierres de se changer en pains. »
    J
    e l’appelle la tentation du pain, de la consommation, du substitut.

Change les pierres en pain, suggère le diable à Jésus.

À d’autres, il souffle :
Bois, et oublie.
Fume, et tes soucis s’évaporent.
Mange jusqu’à perdre raison.

Nos addictions diverses et variées naissent ici :
d’un manque, d’une faim qui ne trouve pas la nourriture correspondant à notre faim.

Nous sommes tentés de changer des pierres en pain pour calmer un désir autre.

Mais en vérité, les pierres restent des pierres et nous font plus de mal que de bien.

La tentation du pain représente toute tentation de consommation, consommation de substituts qui cherche à nous faire oublier nos soucis au lieu de les prendre à la racine.

Ah, si seulement on avait la force, comme Jésus, d’y résister ?!

 

 

  • « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car l’Écriture déclare : “Dieu donnera pour toi des ordres à ses anges et ils te porteront sur leurs mains pour que ton pied ne heurte pas de pierre.” »

La deuxième tentation nous renvoie vers une pensée magique et surnaturelle.

Dans l’épreuve, face au drame, qui de nous ne serait pas tenté de tout essayer ? Négocier avec Dieu, faire un pèlerinage, jeûner, allumer des cierges, se mettre entre les mains de gourous, de prétendus guérisseurs, invoquer vivants et morts en espérance d’aide.

Où est le piège, où est le mal dans tout cela ?

C’est quand je pense que Dieu se laisse acheter par nos actions ou nos sacrifices quels qu’ils soient. C’est quand je pense que je peux manipuler Dieu par mes actions pour qu’il change mon destin ou celui d’un proche.

Où est la différence avec nos prières et notre spiritualité du quotidien ?
C’est que, quand je prie pour moi ou pour mon prochain, je partage mon inquiétude, ma souffrance, mes émotions profondes en confiance avec Dieu et je me mets entre ses mains pour qu’il m’accompagne dans ma peur. Ce faisant, je n’oublie jamais que ni lui ni moi ne pouvons forcer l’issue de mon épreuve. Souvenons-nous que même Jésus, qui avait demandé que la coupe amère de la mort lui soit épargnée, est passé par l’épreuve de la trahison, de la torture et de la mort prématurée selon les projets de Dieu.

Qui croit en Dieu ne peut pas compter sur la magie,
n’a pas de garantie que tout se passera bien,
mais peut compter sans faille sur la présence de Dieu et sur sa solidarité au plus profond de nos épreuves.

Et pourtant, le marché des offres magiques et des solutions clés en main est grand et vaste, et nous pouvons nous y perdre. Les abus spirituels sont connus et multiples ; dans nos Églises aussi, nous n’en sommes pas épargnés.

Ah, si seulement on avait la force, comme Jésus, d’y résister ?!

 

 

  • Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne, lui montre tous les royaumes du monde et leur splendeur, et lui dit : « Je te donnerai tout cela, si tu te prosternes devant moi pour m’adorer. »

La troisième tentation nous parle de pouvoir, de puissance et des trésors de ce monde.
La cupidité.

Elle existait déjà au jardin d’Éden quand l’être humain prit le fruit qui lui était interdit, et elle nous ronge jusqu’à ce jour.
Nous voulons avoir, avoir plus.
Nous voulons être forts, et pour se sentir fort, être plus puissants que les autres.
Nous voulons avoir raison plutôt que discerner avec d’autres,
diriger, mener les autres d’après nos envies plutôt que d’être conduits ou d’avancer ensemble.

Nous voyons actuellement, avec la révélation du dossier Epstein, à quel point cette envie de pouvoir, d’appartenir à un cercle d’élite, de se sentir fort et dominant le temps d’une soirée loin de la maison, a fait succomber hommes et femmes, personnes de tous milieux politiques ou de la vie publique, un peu partout dans le monde. Quelle envie humaine d’aspirer au pouvoir et de prendre ce que l’on ne devrait pas avoir !? Quel dégât humain pour tant de victimes !

Prendre le pouvoir est paradoxalement une tentation récurrente pour celles et ceux qui se sentent en vérité bien affaiblis.
Si souvent, derrière un dirigeant tyrannique à la maison, au travail, à la tête d’un pays, se cache un tout petit ego, une personne bien faible, pleine de complexes, mais qui compense sa misère par une prise de pouvoir sur les autres.

L’homme qui bat sa femme est certes puissant,
mais bien faible dans sa capacité à vivre une relation.

L’homme au pouvoir politique qui dirige par la terreur et la peur
est bien faible dans ses capacités humaines et diplomatiques.

À notre niveau, nous qui ne sommes pas au pouvoir politique,
nous pouvons tout de même reconnaître que parfois, par impatience, par envie de sortir d’une situation qui nous pèse, nous sommes tentés de forcer les barrières autour de nous et de nous approprier de force ce qui nous semble nous appartenir… sans regard ni attention vis-à-vis des personnes autour de nous.

Ah, si seulement on avait la force, comme Jésus, d’y résister !
Et de prendre plus de recul.

 

 

Je résume : ce passage de l’Évangile nous met devant trois tentations humaines récurrentes :

  • La consommation de substituts,
  • le recours à la magie / une surestimation du pouvoir spirituel,
  • la prise de pouvoir tout court

Trois tentations que Jésus affronte juste après avoir été baptisé,
juste après avoir été annoncé publiquement comme Fils de Dieu.

Trois tentations que nous pouvons tous, un jour ou tous les jours, rencontrer dans nos vies.
Nous, les enfants de Dieu.

Et Jésus nous donne l’exemple que personne n’est libre de ses tentations,
mais que nous sommes invités à le suivre et à reconnaître pleinement notre faiblesse et notre vulnérabilité.

Jésus ne devient pas un super-héros.
Il renonce à transformer les pierres,
renonce à la magie,
renonce au pouvoir.

Car voici l’humanité dans laquelle il veut nous rejoindre :
une humanité sans superpouvoirs, mais pleine de raisons d’avoir faim, pleine de raisons d’aspirer à une autre vie, pleine de raisons de vouloir sortir d’un temps de désert.

 

Et il nous avertit : au seuil du désert de nos vies se tient le tentateur avec de mauvaises idées et des offres piégées.

Mais voici aussi la promesse :
au seuil du désert de nos vies s’y tient aussi Jésus-Christ pour nous aider à nous en sortir autrement,
en acceptant notre faim et notre faiblesse
et en remontant la pente doucement.

En ce début de temps de carême, c’est une bonne nouvelle qui nous est offerte.
Nous allons avoir faim dans la vie, certes,
mais le vrai pain de la vie nous attend et nous tient la main.

 

 

Prions.

 

Tu ne l’as pas voulu,
tu n’as pas voulu déclarer les pierres comme du pain,
mais tu as partagé le simple pain qui sort du four, offert par un enfant,
tu l’as partagé jusqu’à ce que tous soient rassasiés,
tu en as fait un signe de vie :
nous ne pouvons peut-être pas transformer les pierres en pain,
mais nous pouvons partager le pain à porté de mains, et nous pouvons nous souvenir, chaque fois que nous partageons le pain, que Dieu est plus fort que la mort, plus fort que nos fautes, qu’il nous donne sans cesse une vie nouvelle, même là où nous ne nous y attendons pas.

 

Tu ne l’as pas voulu, tu n’as pas voulu que des anges empêchent ta chute,
tu n’as pas voulu être un super-héros qui dépasse toutes les limites humaines.
Tu as pris le risque d’être humain, d’être pleinement humain, sans condition,
avec toutes nos limites.
Et pourtant, tu as accompli de grandes choses, précisément parce que tu étais humain.
Aide-nous donc à reconnaître nos limites et à voir ce que nous pouvons néanmoins accomplir à notre niveau.

 

Tu n’as pas voulu le pouvoir, tu as refusé d’appartenir aux puissants de ce monde.

Le Royaume dont tu as prêché est si différent. Il ressemble à un grain de moutarde qui pousse lentement et offre une protection à tant de gens.
C’est pourquoi, protèges-nous dans tous nos fantasmes de toute-puissance et apprends-nous à garder les pieds sur terre, à former une communauté de faibles qui se soutiennent mutuellement.

Amen.

 

 

 

PRIERE D’INTERCESSION

Nous prions

pour tous ceux qui aspirent à une vie épanouie et pleine de sens,

pour tous ceux qui souffrent de leurs limites,

de leur âge,

de leur mauvaise santé,

de leur solitude,

de leurs rêves brisés,

de leur manque apparent de compétences.

Pour tous ceux qui aimeraient tant être différents et sont prêts à tout pour y parvenir, tombant ainsi entre les mains de ceux qui les exploitent, les dépouillent et leur donnent de faux espoirs.

Pour tous ceux qui ne se font pas confiance,

qui sont tentés de s’emparer du pouvoir par la ruse,

qui se soumettent à ceux qui semblent puissants.

Pour tous ceux-là et pour nous-mêmes, nous implorons ton aide afin que tu nous soutiennes, que tu nous donnes le courage d’être honnêtes avec nous-mêmes et avec les autres,

et afin que nous ne désespérions pas face à nos limites et à nos faiblesses, mais que nous trouvions en JC un nouveau soutien et une nouvelle force,

une force qui nous aide à accepter et à façonner la vie,

une force qui nous aide à nous soutenir mutuellement et à nous conduire hors de nos déserts vers des eaux fraîches et des prairies verdoyantes.

Dans le silence, nous te présentons les visages et les situations pour lesquels nous voulons prier tout particulièrement aujourd’hui :

Silence

 

 

NOTRE PERE

Notre Père qui es aux cieux,

que ton nom soit sanctifié,

que ton règne vienne,

que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.

Pardonne-nous nos offenses

comme nous pardonnons aussi

à ceux qui nous ont offensés.

Ne nous ne laisse pas entrer en tentation

mais délivre-nous du mal,

car c’est à toi qu’appartiennent

le règne, la puissance et la gloire,

aux siècles des siècles.  Amen.

 

 

 

ENVOI

Église, voici ta mission:

Annoncer et manifester à tous les hommes

– l’amour dont Dieu nous aime,

– la liberté qu’il donne dans la foi,

– l’espérance selon laquelle aucun homme n’est perdu,

mais chacun promis à la vie et au repos.

 

 

BÉNÉDICTION

Que la route s’ouvre à ton approche,

que le vent souffle toujours dans ton dos,

que le soleil inonde et réchauffe ton visage,

que la pluie ruisselle dans tes champs,

et jusqu’à notre prochaine rencontre,

que Dieu te garde dans la paume de ses mains.

 

 

 

Christina Weinhold, 22 02 2026 

Contact