BIBLE et ART : Le Saint Esprit dans l’ART

prédication du 09 août 2026 par JJ DIJOUX

Accueillir l’Esprit Saint, c’est donc accepter d’être transformés

 

Lectures Bibliques

Jean 6:60-66

60 Après l’avoir entendu, beaucoup de ses disciples dirent: « Cette parole est dure. Qui peut l’écouter ? » 61 Jésus savait en lui-même que ses disciples murmuraient à ce sujet. Il leur dit : « Cela vous scandalise ? 62 Si vous voyiez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant ! 63 C’est l’Esprit qui fait vivre, l’homme n’arrive à rien. Les paroles que je vous dis sont Esprit et vie, 64 mais il y en a parmi vous quelques-uns qui ne croient pas. » En effet, Jésus savait dès le début qui étaient ceux qui ne croyaient pas et qui était celui qui le trahirait. 65 Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi à moins que cela ne lui soit donné par mon Père. » 66 Dès ce moment, beaucoup de ses disciples se retirèrent et arrêtèrent de marcher avec lui.

 

Jean 7 : 37-39

37 Le dernier jour, le grand jour de la fête, Jésus, debout, s’écria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. 38 Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de lui, comme l’a dit l’Écriture. » 39 Il dit cela à propos de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. En effet, l’Esprit [saint] n’avait pas encore été donné parce que Jésus n’avait pas encore été élevé dans sa gloire.

 

Jean 14 :15-17

15 « Si vous m’aimez, respectez mes commandements. 16 Quant à moi, je prierai le Père et il vous donnera un autre défenseur afin qu’il reste éternellement avec vous : 17 l’Esprit de la vérité, que le monde ne peut pas accepter parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas. [Mais] vous, vous le connaissez, car il reste avec vous et il sera en vous. »

 

Jean 14 : 25-27

25 «  Je vous ai dit cela pendant que je suis encore avec vous, 26 mais le défenseur, l’Esprit saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit.27 » Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde donne. Que votre cœur ne se trouble pas et ne se laisse pas effrayer.

 

 

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Prédication

Il y a quelques semaines, nous sommes allés voir une exposition consacrée à Matisse. Les couleurs de ses tableaux m’ont frappé par leur intensité et par la joie qu’elles communiquent. À la fin du parcours, les cartons des vitraux de la chapelle du Rosaire de Vence étaient mis en valeur. L’un d’eux, intitulé La Jérusalem céleste, m’a particulièrement touché. Par l’enchevêtrement du rouge, du vert, du jaune et du bleu, il donne une impression d’ascension, de lumière et de paix. Matisse associait ce vitrail à l’Esprit Saint qui conduit l’humanité vers la Jérusalem céleste. Cette image m’a servi de point de départ pour méditer sur l’Esprit Saint : qui est-il, quelle est sa mission, que nous apporte-t-il ?

Tout au long de l’année, l’Esprit Saint a été pour moi un sujet d’étude et de réflexion. Les textes de l’évangile de Jean m’ont particulièrement interpellé. Avant d’y venir, les couleurs de Matisse m’ont fait penser à deux grandes représentations de la Pentecôte : celle du Greco et celle de Charles Le Brun. Ces œuvres s’inscrivent dans la vision de la Contre-réforme. Ce ne sont pas de simples illustrations. Elles donnent à voir, chacune à sa manière, ce que l’Esprit accomplit.

 

La Pentecôte du Greco est un des éléments d’un retable commandé par le collège Dona Maria de Aragon à Madrid. La Pentecôte du Greco est dominé par la verticalité. Le tableau semble ouvrir la terre vers le ciel. La lumière divine descend, traverse l’obscurité et façonne les visages. Les couleurs sont vives, presque irréelles. Le rouge attire le regard : il évoque à la fois l’amour de Dieu, le feu de l’Esprit et l’audace nouvelle confiée aux apôtres. Le blanc de la colombe, au sommet, renvoie à la lumière divine, cette lumière qui purifie, qui transforme et qui appelle. Les gestes des apôtres sont agités, leurs regards se croisent, leurs corps se tournent vers le haut. Le Greco ne représente pas une scène figée : il donne à voir un choc spirituel, une extase, un bouleversement. La Pentecôte apparaît comme un “contre-Babel” : non pas un appel à la dispersion, mais l’appel à l’unité de l’humanité par le don des langues fait aux apôtres et par l’action de Dieu.

 

Chez Charles Le Brun, dans La Descente du Saint-Esprit, la perspective est différente. Le tableau, peint au XVIIe siècle pour le séminaire Saint-Sulpice. Là encore, la lumière vient d’en haut, de la colombe entourée de rayons et d’anges. Les langues de feu se posent sur les disciples. Mais Le Brun cherche moins à provoquer l’extase qu’à instruire et à édifier. Marie occupe une place centrale. Son manteau bleu exprime la contemplation, la fidélité, la paix intérieure. Les apôtres, souvent vêtus de rouge, incarnent l’action, la mission, l’élan de l’Église naissante. Ainsi, le bleu de Marie et le rouge des apôtres disent ensemble deux dimensions de l’Église : la contemplation et l’action, la prière et la mission. Le Brun montre aussi que le feu de la Pentecôte n’est pas un feu qui détruit. Il n’est pas le feu terrible du Sinaï. Il est le feu de la charité, celui qui purifie, éclaire et envoie. La lumière vient d’une source unique, mais elle touche chacun personnellement. L’Esprit respecte la singularité de chacun, tout en unissant les disciples en un seul corps.

Entre Le Greco et Le Brun, deux accents apparaissent donc : Le Greco ouvre à l’irruption bouleversante du divin ; Le Brun montre l’Église recevant l’Esprit pour être instruite, rassemblée et envoyée.

 

Ce détour par l’art nous prépare à entendre l’évangile de Jean. Jean nous aide à comprendre que l’Esprit Saint n’est pas une idée abstraite. Il est la présence active de Dieu, la manière dont le Christ ressuscité demeure auprès des siens, auprès de nous.

Dans le discours d’Adieu, Jésus prépare ses disciples à son départ. Il leur fait comprendre que son absence visible ne sera pas un abandon. La Croix, sa mort et son élévation auprès du Père ouvrent un temps nouveau : celui où l’Esprit donnera de comprendre, de croire et de vivre.

Au chapitre 6, Jésus dit : « C’est l’Esprit qui fait vivre ; l’homme n’arrive à rien. Les paroles que je vous ai dites sont Esprit et vie. » Cette parole est essentielle. Les disciples, comme nous aujourd’hui, sont confrontés au mystère de Jésus dans son entièreté : son incarnation, sa vie, la Croix, sa résurrection, son retour auprès du Père. Il est impossible d’isoler un moment de son existence. C’est l’Esprit qui permet de discerner, dans la destinée de Jésus, la présence même de Dieu. Sans l’Esprit, nous restons au seul niveau de la réalité visible. Avec lui, nous sommes conduits à reconnaître que Dieu s’est approché de nous en Jésus-Christ pour nous offir le Salut.

Plus loin, au chapitre 7, Jésus s’écrie : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de lui. » Jean précise que Jésus parlait de l’Esprit que recevraient ceux qui croiraient en lui. L’image de l’eau vive est très forte. Dans le monde biblique, l’eau est le signe de la vie, de ce qui est indispensable, de ce qui sauve de la sécheresse et de la mort. Rappelons-nous l’épisode de la Samaritaine où l’eau symbolisait ce qu’il y a de plus nécessaire pour vivre et où son abondance évoquait la venue de la révélation ultime (Jn 4,14). Jésus se présente comme une source. Il ne propose pas seulement une consolation passagère, mais une vie en plénitude. Cette source est offerte à tous ceux qui viennent à lui dans la foi. Mais Jean ajoute que l’Esprit sera donné lorsque Jésus aura été glorifié : c’est le Christ crucifié et élevé qui donne la vie par l’Esprit.

Jean donne encore un autre nom à l’Esprit : le Paraclet. Le mot grec désigne celui que l’on appelle à son secours, le défenseur, le consolateur, celui qui exhorte et qui accompagne. Jésus annonce qu’il priera le Père d’envoyer ce Paraclet aux disciples : «  mais le défenseur, l’Esprit saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. » Il ne s’agit pas d’une présence séparée du Christ, mais de la manière dont le Christ demeure auprès des siens après Pâques. Le Jésus incarné a été limité dans le temps et dans l’espace. Le Paraclet, lui, vient pour toujours et pour partout.

Jésus l’appelle aussi « l’Esprit de vérité ». « Le monde ne peut pas le recevoir parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas ; mais les disciples le connaissent, car il demeure auprès d’eux et sera en eux ». Cette parole nous rappelle que l’Esprit ne s’impose pas comme une évidence extérieure. Il se reçoit dans la foi : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde donne », écrit Jean. Croire ne signifie pas renoncer à la raison, mais accueillir une présence qui dépasse ce que nos sens peuvent saisir. L’Esprit ne choisit pas à notre place. Il n’abolit pas notre liberté. Il accompagne nos choix, éclaire notre discernement et nous ramène sans cesse à la parole du Christ.

Le Paraclet est présenté comme celui qui enseigne et qui rappelle. Il ne nous enferme pas dans la nostalgie du passé. Il rend la parole de Jésus vivante dans l’aujourd’hui de la foi. Il est mémoire vivante, intelligence spirituelle, présence active. Grâce à lui, l’Absent demeure présent. Grâce à lui, Pâques n’est pas seulement un événement passé, mais une réalité qui advient encore pour le lecteur de l’Évangile, pour l’Église et pour chacun de nous.

 

Ces paroles rejoignent fortement notre temps. Nous vivons dans un monde saturé de discours, d’images, de commentaires, d’informations. Nous entendons beaucoup de choses, parfois trop, et pourtant nous avons soif d’une parole qui fasse vivre. L’image de l’eau vive rejoint nos soifs de reconnaissance, de sens, de justice, de paix. Elle rejoint aussi les soifs concrètes de notre monde, dans les crises sociales, écologiques et humaines que nous traversons. Jésus ne nous propose pas de fuir le monde. Il promet une source intérieure appelée à déborder. L’Esprit reçu n’est pas un refuge pour soi seul : il devient parole, service, consolation, engagement.

Le Paraclet peut alors être entendu comme cette présence qui défend sans dominer, qui console sans endormir, qui rappelle sans emprisonner dans le passé. À une époque où beaucoup se sentent seuls, inquiets ou dépossédés de leur avenir, l’évangile de Jean nous dit que le Christ n’abandonne pas les siens. L’évangile de Jean nous ouvre à l’espoir. Il se rend présent autrement : dans l’intelligence de la foi, dans la mémoire vivante de l’Évangile, dans la paix qu’il donne, et dans la force offerte aux disciples pour se tenir debout au cœur du monde.

Au terme de ce parcours, une conviction se dessine. L’Esprit Saint est la manière dont le Christ ressuscité demeure présent dans le temps de l’Église et dans le temps du monde. Il ne remplace pas le Christ. Il ene l’efface pas : il le rend présent autrement, différemment. Les œuvres de Matisse, du Greco et de Le Brun nous l’ont montré comme lumière, feu, mouvement, paix et transformation. Les textes de Jean nous le révèlent comme source de vie, défenseur, enseignant et mémoire vivante.

L’Esprit unit ce que nous séparons trop souvent : la contemplation et l’action, l’intime et le communautaire, la mémoire et l’avenir, la foi reçue et la mission à accomplir. La Pentecôte n’est donc pas seulement un événement du passé à commémorer. Elle est la promesse toujours actuelle que Dieu ne laisse pas l’humanité seule. Là où la peur enferme, l’Esprit ouvre. Là où la parole se brouille, il rappelle l’Évangile. Là où l’absence semble peser, il rend le Christ présent. Là où le monde paraît fragmenté, il fait naître un corps capable de témoigner.

 

Accueillir l’Esprit Saint, c’est donc accepter d’être transformés. C’est laisser la lumière de Dieu traverser nos obscurités. C’est recevoir une paix qui n’est pas retrait du monde, mais force pour y vivre autrement. C’est devenir, chacun selon ce qu’il est et ce qu’il peut, signe de lumière, de paix et d’espérance.  Amen.

 

JJ DIJOUX  09 août 2026

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