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entrer par la porte étroite
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prédication sur Luc 13, 22-30 par Antema ANDRIAMPARANY
22Il traversait les villes et les villages, et il enseignait en faisant route vers Jérusalem. 23Quelqu’un lui dit : Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens sauvés ? Il leur répondit : 24Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. Car, je vous le dis, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. 25Dès que le maître de maison se sera levé et aura fermé la porte, et que, restés dehors, vous commencerez à frapper à la porte et à dire : « Seigneur, ouvre-nous ! », il vous répondra : « Vous, je ne sais pas d’où vous êtes. » 26Alors vous commencerez à dire : « Nous avons mangé et bu devant toi, et tu as enseigné dans nos grandes rues ! » 27Et il vous répondra : « Vous, je ne sais pas d’où vous êtes ; éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice ! » 28C’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous serez chassés dehors. 29On viendra de l’est et de l’ouest, du nord et du sud pour s’installer à table dans le royaume de Dieu. 30Ainsi, il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers.
Une porte c’est la première chose que nous voyons, avant d’accéder à un endroit: que ça soit à l’entrée d’une maison, d’une église, d’une salle, d’un parc, etc… Et le but de cette porte c’est de marquer une limite voire même une séparation d’ un endroit vers un autre: par exemple pour accéder à l’église il y a une porte qui nous sépare de l’extérieur comme une transition entre deux mondes: le bruit de la rue et le silence dans l’église, ou l’agitation de la vie quotidienne et la pause, un recueillement devant Dieu.
Et justement, en parlant de porte, dans le passage que nous avons lu, Luc attire notre attention sur la porte qui nous fait entrer au royaume de Dieu. Si nous voyons un peu le contexte, Luc nous raconte ici la marche de Jésus vers Jérusalem, la route qui l’amène à vers sa passion. Après avoir enseigné et imagé l’extension du royaume de Dieu, une personne demanda à Jésus sur la quantité des personnes qui seront sauvées, c’est-à-dire les personnes qui pourront bénéficier du Royaume de Dieu. Il a dit au verset 23: “ Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens sauvés ?”Au lieu de répondre directement à cette question, Jésus utilise une métaphore : celle d’une porte étroite, ensuite Jésus fait une sorte de mise en garde qui semble pencher plutôt vers la qualité que la quantité. Comme si cette question était déplacée, comme si Jésus disait que cette question n’avait pas lieu d’être, cependant pour le commun des mortels il paraît évident que le royaume de Dieu est assez grand pour accueillir tout le monde. Mais est ce que tout le monde y entrera?
Face à cette question, Jésus donne deux réponses:
D’abord, au verset 24 il nous exhorte à nous efforcer à entrer par la porte étroite parce que beaucoup chercheront à entrer mais ils ne pourront pas. Le verbe efforcer ici vient du verbe grec “agonizomai” qui est utilisé 7 fois dans le nouveau testament, ce verbe veut dire concourir dans les jeux publics, combattre ou même lutter. Jésus appelle donc ces auditeurs à lutter et à fournir des efforts c’est-à-dire à donner des leurs pour accéder à la porte étroite. Et comme le verbe, dans sa traduction, est surtout utilisé dans un contexte de concours d’athlète, nous pouvons donc donner l’image d’un athlète qui concourt aux jeux, qui s’entraîne pour avoir le prix,et Jésus, lui, appelle son auditoire à faire de même c’est-à-dire s’entraîner pour atteindre la porte. Mais le but ici ce n’est pas d’obtenir le premier prix et d’être le vainqueur mais juste de s’entraîner pour rentrer au travers d’une porte étroite. Jésus nous appellerait-il à faire du contorsionnisme? Pourquoi donc parle-t-il d’une porte étroite? Certes une grande porte peut accueillir beaucoup plus de monde, et ce serait logique que le royaume de Dieu veuille accueillir tout le monde, il serait donc admis qu’il est meilleur d’y pénétrer au travers d’une grande porte que d’une porte étroite. Pourtant si nous essayons de voir la logique du texte une porte étroite permet plus de filtre contrairement à une grande porte qui permettrait à une foule de passer au travers, d’où le fait qu’il faille faire des efforts. La porte étroite permet au royaume de Dieu de trier les personnes qui veulent y entrer. Mais il semble y avoir une contradiction, pourquoi filtrer si tout le monde peut être accueilli. Nous y répondrons un peu plus tard mais continuons d’abord à approfondir le sujet de la porte étroite.
La porte étroite aussi peut vouloir faire référence à Jésus, comme il l’a dit dans Jean 10: 9 “ Je suis la porte”. La porte étroite serait donc l’image de Jésus lui-même. Il n’y aura pas d’autre chemin, d’autre façon d’y entrer que par la foi en sa personne. Cela nous démontre donc la logique derrière le choix du terme porte étroite : l’absence d’autre chemin.
Mais je pense aussi qu’il y a une autre signification quant à la porte étroite évoquée par Jésus ici : il ne faut pas se charger de nos bagages. Je m’explique, il y a un portrait fait par Beard. Frank intitulé The strait gate. Il présente un homme portant un joug avec beaucoup de bagages, sur lesquels il y est écrit: amour de soi, orgueil, mensonges, convoitise, etc… face à lui une petite porte en forme de croix. S’il emmène tous ces bagages il ne pourra pas y entrer. Donc pour accéder au royaume de Dieu, et entrer par la porte, il faut laisser tous nos bagages, tout ce qui nous alourdit.
Alors effectivement, cette porte est étroite mais elle est ouverte, elle s’ouvre à celui ou celle qui veut bien y entrer, elle est prête à accueillir ceux qui veulent bien faire des efforts.
Dans la suite de sa réponse Jésus continue par une parabole, expliquant un maître de maison qui se lèvera pour fermer la porte de sa maison, sauf qu’il y a encore des personnes en dehors de la maison qui veulent entrer mais le maître ne les fait pas entrer car il ne les connaît pas. Alors ces personnes essaient tant bien que mal de se justifier que, si, normalement le maître les connaît parce qu’ils ont déjà mangé et bu avec lui, comme démontré un proximité, et même ils ont écouté ces enseignements mais le maître ne les reconnaît pas et les demande de partir. A la suite de son parabole, ces personnes-là sont qualifiées d’injuste dans le sens où ils commettent l’injustice, pratiquent le mal . Pour faire bref le maître ne les fait pas entrer car ils commettent l’injustice. Ces personnes-là se sont présentées devant la maison du maître dans le but d’y entrer, comme si c’était sûr pour eux qu’ils y entreraient, ils avaient l’assurance parce que de leur point de vue il y avait une proximité entre Jésus et eux. Mais surprise le maître de maison les refoule car ils commettent l’injustice. Seul donc les personnes juste entreront dans la maison. Je trouve que cette parabole peut répondre à la question qu’on s’est posée un peu plus haut, pourquoi filtrer si tout le monde peut être accueilli dans le royaume? La réponse est donc c’est parce que seuls les justes y entreront. Alors oui, le royaume de Dieu est ouvert à tous, pas d’élite présupposée, pas de réservation mais seule ce qui pratique la justice y entreront.
Peut-être que beaucoup se poserait la question: moi j’aimerai bien entrer par cette porte étroite pour accéder au royaume de Dieu mais comment savoir si je suis juste? Comment savoir si les choses que j’ai faites, la décision que j’ai prise est la bonne? Qu’est ce que je dois faire face à un mendiant qui me demande de l’argent? Comment je peux être sûr que lui donner de l’argent ou pas, fera de moi une personne juste? ou Jusqu’où faut aller dans le boycotte des produits d’une marque dont on apprend qu’elle a des pratiques controversées? Comment être sûr que mon geste face au racisme, à la corruption ou autre est juste? Nombreuses sont les questions qui nous trottent dans la tête si on a bien fait les choses, est ce qu’on a été juste.
Et je m’excuse d’avance parce que toutes ces questions mentionnées je n’ai pas la réponse et je pense que vous aussi vous n’aurez pas une réponse toute faites. Parce qu’on ne peut pas savoir à l’avance si notre action est juste ou pas. Et justement, dans sa lettre Luc ne nous demande pas de réussir d’être juste d’un coup mais de s’entraîner, de faire des efforts. S’entraîner dans l’espoir d’y arriver un jour. Et peut être en nous voyons d’autres se lèvent pour affirmer que la justice existe encore dans ce monde et nous redonnent la force de poursuivre nos efforts, même s’il n’est faits que de petits pas répétés chaque jour. Avançons, efforçons nous à agir dans la justice du mieux que nous pouvons avec les talents qui nous sont propres et que Dieu connaît intimement. Comme les athlètes qui s’entraînent pour être sélectionnés sans savoir d’avance ce qui va se passer. Entraînons-nous aussi à agir dans la justice, dans l’espoir d’entrer dans le royaume de Dieu.
Pour conclure, le royaume de Dieu semble avoir une contradiction: accueillante mais exigeante, ouverte à tous mais seules les justes y entreront. Et à travers son texte Luc nous explique que l’appelle à entrer par cette porte étroite est universelle, adressée à tout le monde. Et l’étroitesse de la porte n’est pas une exclusion arbitraire de Dieu, mais la description de la seule voie par laquelle nous pouvons entrer au royaume de Dieu. Ce royaume est offert à tous mais il n’est accessible qu’à ceux qui répondent à l’invitation et font l’effort de passer par la porte étroite.
Une porte étroite mais accessible à toutes, et qui est encore ouverte. Étroite qui nous pousse à venir tels que nous sommes, sans bagage, non pas parfaits mais disposés à nous dépouiller de nos fardeaux. Alors, le message de ce matin n’est ni un verdict pour nous faire peur, ni une liste de règles impossible à suivre, mais juste un appel à l’entraînement. Jésus ne nous demande pas d’être parfait et ni d’être un champion de la justice une bonne fois pour toute. Mais il nous invite à nous entraîner. Certes nous ne savons pas toujours avec certitude si nos actions sont justes ou pas. Mais Il nous appelle à nous efforcer, à faire de notre mieux. Chaque petit pas compte, chaque geste d’amour, chaque action qui nous semble être juste est un entraînement qui nous dispose un peu plus à franchir la porte. Alors prenons courage, efforçons-nous, jour après jour, de vivre selon la justice de Dieu. Il ne s’agit pas de gagner son salut par des œuvres car le salut est un don mais un don qui engage toute la vie. Essayons d’agir selon la justice, avec l’aide de Dieu, dans l’espérance certaine que, par sa grâce nous serons reconnus par le maître de la maison et accueillis à son festin.
Hâte de nous voir à ce moment-là.
Amen.
Antema ANDRIAMPARANY , 24 août 2025